La Loire aux trois lunes


Loire aux trois lunes – huile sur toile -114×145 – 2005

J’ai travaillé sur cette peinture durant l’année 2005.Le thème était un grand paysage de nuit qui me changerait des petits formats habituels sur ce sujet.

La composition s’est élaborée en déplaçant les masses verticales des arbres par rapport aux éclairages évoquant la nuit et les lignes de constructions horizontales qui figurent les levées de Loire maintes fois observées près de Mantelot au bord du chenal. Une première lune très lumineuse et son reflet se mirent en place, dessinant une verticalité et formant ainsi un carré (compositionnel en fonction du nombre d’or).

Le tableau devenant très solide sur sa partie gauche me semblait déséquilibré à droite. Je tentais de changer la position de la lune sans évidemment effacer la première.  Cette modification provoqua une symétrie ennuyeuse malgré la position de la nouvelle lune un peu plus haute. J’obtenais encore une ligne verticale dessinant un nouveau carré en correspondance avec le précédent. Cette symétrie détruisait l’atmosphère de la nuit.

Toujours dans le même esprit poétique de la composition, je tentais un troisième essai en me gardant bien de toucher aux deux lunes précédentes. Comment introduire une discordance qui pouvait faire oublier la monotonie causée par la symétrie? Je trouvais une position décalée, plus haute que la première lune, dans le prolongement de la verticalité d’un arbre. Je variais la tonalité de la lueur en la voilant d’un nuage.

Le résultat fut immédiat : l’unité du tableau était obtenue ainsi que l’émotion évocatrice de la paix nocturne.

Chaque tableau possède une harmonie liée au sujet et à sa composition. Piet Mondrian durant sa période figurative a longuement médité sur ce problème.  Il s’était aperçu que toute diagonale dans ses paysages nocturnes hollandais introduisait une note tragique qui brisait cette harmonie. Dans ses écrits : «Réalité naturelle et réalité abstraite» il témoigne à travers trois personnages de ses préoccupations plastiques et spirituelles : dans la deuxième scène, le peintre abstrait-réaliste Z parle ainsi :

« Nous ne devons pas regarder par delà la nature, nous devons plutôt voir à travers elle: nous devons voir plus profondément, notre vision doit être abstraite, universelle. Alors l’extériorité devient pour nous ce qu’elle est effectivement : le miroir de la vérité. Pour atteindre cela il est nécessaire que nous nous libérions de l’attachement à l’extérieur, car alors seulement nous surmontons le tragique et pouvons contempler consciemment, en toute chose, le repos ».

Le peintre naturaliste X répond :

  • X       « Donc aussi dans le grimaçant ?
  • Z        « Aussi dans le grimaçant, mais non plus pour le représenter dans l’art: nous n’exprimons alors que les rapports d’équilibre ».
  • Y (L’amateur de peinture)  « mais que signifie alors notre position personnelle vis-à-vis de la nature toujours capricieuse et que signifie le tragique de cette dualité ?»
  • Z        «  Par la vision plus profonde le tragique cosmique n’est, il est vrai ,pas supprimé, mais en considérant l’homme comme un organe de la nature nous pouvons dire que l’allégement du tragique dans chaque individu en soi et dans tous les hommes ensemble est le commencement de cette suppression »
  • Y        « Ainsi il faut croire que la nature, malgré ses aspects toujours changeants, nous conduit quand même, à la fin, vers une vision plus profonde ? »
  • Z         « Oui, c’est la nature,ce sont les choses les plus extérieures qui nous mènent à la conscience de notre être, c’est à dire aux choses les plus intérieures. Et il en est de même dans l’art : ce n’est pas la sensibilité ou la pensée individuelle de l’homme, mais c’est justement la nature qui conduisit la peinture vers une plastique purifiée , vers une expression esthétique plus fixe. Elle nous mène à la contemplation, à l’exaltation de l’universel et, en quelque sorte à un devenir objectif. Tout sentiment, toute pensée individuelle, toute volonté purement humaine, tout désir particulier, toute espèce d’attachement en un mot, conduisent à la représentation du tragique et rendent impossible la pure plastique de la paix ».

Pietr Mondrian chercha tout au long  de sa vie les éléments graphiques et colorés, les simplifiant, les modelant pour  atteindre la pureté de l’émotion plastique vécue et ressentie. Sa quête de perfection spirituelle fut la même que celle des premiers peintres des icônes .

 Moulin sur le Gein au clair de lune –  huile sur toile – 99,5×125,5 -1907


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Artiste peintre
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Un commentaire pour La Loire aux trois lunes

  1. Magnifique. Pouvoir avoir accès au commentaire de l’artiste rend l’oeuvre encore plus intéressante (Le format est parfait!).

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